« Transsibérien » et « Nizhny-Novgorod, ville en transition »

Ces deux projets photographiques découlent de travaux littéraires portant sur l’audience des œuvres de Jules Verne et Paschal Grousset en Russie…

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La Légende des Immobiles

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L’écrit et l’image

Après la révolution d’octobre 1917, les éditions d’œuvres littéraires traduites en russe se raréfient, la plupart des écrivains du passé et de l’étranger étant jugés indésirables sur le plan idéologique. A part quelques exceptions, les romans de Jules Verne ne furent plus publiés, des éditions datant d’avant la révolution continuant cependant de circuler. Cela jusqu’à l’édition de trente-deux romans entre 1927 et 1929. La diffusion des romans de Verne bénéficia ensuite de la résolution du 9 septembre 1933 du Comité central bolchevik sur la littérature enfantine, recommandant d’éditer les meilleures œuvres de la littérature de jeunesse, en particulier Defoe, Swift et Verne. Depuis lors, les tirages n’ont cessé d’augmenter et la qualité des traductions de s’améliorer. Entre 1918 et 1961 Eugène Brandis, biographe de Jules Verne en Russie et connaisseur de l’œuvre d’André Laurie (Paschal Grousset), a dénombré 314 volumes édités pour un tirage total de près de dix-sept millions d’exemplaires et des traductions dans vingt-trois langues parlées en Union Soviétique. Une nouvelle édition complète est réalisée en URSS à partir de 1955, avec une préface de Cyrillle Andreev, traduite pour la revue Europe à l’occasion du cinquantenaire du décès de l’écrivain. Il souligne comment « en Russie, des hommes d’avant-garde furent très rapidement attirés par les romans de J. Verne » : Léon Tolstoï, A. M. Gorki, D. I. Mendéléiev, le géologue V. A. Obroutchev et « de nombreux savants russes, inventeurs, voyageurs, ingénieurs [qui] se considéraient comme les héritiers de Jules Verne ». (cf. Planète Jules Verne #3, Voyage dans toutes les Russies, « Jules Verne et André Laurie en Russie », février 2015).

Suite à ces recherches, j’ai été invité fin mars 2018 avec Corinne Rot, traductrice et documentaliste, par l’Administration de Nijni Novgorod et les Musées Gorki à Nijni, à participer aux commémorations du 150ème anniversaire de la naissance de Maxime Gorki.

À cette occasion, photographiant les transformations en cours dans cette ville où séjourna Michel Strogoff dans le roman éponyme, j’ai été sensible à la richesse des tons de gris rehaussés de quelques touches de couleurs vives. La statue de Jules Verne et les « Nefs de Nijni » étant une invitation à s’intéresser, depuis les rives de la Loire, à ce territoire des grand fleuves, situé à la confluence de la Volga et de l’Oka, que visita en son temps le héros de Jules Verne. Quand l’écrivain nantais écrit Michel Strogoff (publié en 1876) la voie du Transsibérien ne va pas au-delà de Nijni, située à quatre cents kilomètres à l’Est de Moscou. Pour ma part, l’été 2017 j’ai emprunté la ligne mythique jusqu’à Vladivostok. Et le soir du 14 juillet, dans la gare de Kazanski Vokzal à Moscou, le premier train que j’allais emprunter étant à quai, j’aurais pu attester que « désormais, j’étais bel et bien arrivé, comme au pied du mur – avec l’embarras de celui qui ne sait, à ce moment, comment vraiment réussir ce voyage dans un lieu qui ne lui demandait rien, ni n’a au juste d’idée très précise de ce en quoi pourrait consister la réussite de ce séjour. Être là, c’était déjà bien. » (Anthony Poiraudeau, Churchill Manitoba, Éd. Inculte, 2017, p.27).

Les photographies nées de cette disponibilité ont un caractère de rapport d’étonnement, au cours d’une immersion soutenue par une longue playlist musicale qui m’avait été préparée en vue du voyage. La petite vitesse des convois se démarque du défi des TGV, favorisant davantage le voyage intérieur : « La lenteur du train et son mouvement régulier métamorphosent le voyage en rite initiatique, tellement plus jouissif qu’un avion trahissant la réalité !

La Russie est un continent sillonné et nourri par ses trains, et celui qui emprunte le rail russe intègre cette amplitude et adapte son comportement. » (Anne Nivat, Un continent derrière Poutine ?, éd. du Seuil, 2018, p.163).

Transsibérien

Galerie photographique

Nizhny-Novgorod, ville en transition

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