Paysages métamorphiques

Lorsque le Muséum d’Histoire naturelle de Nantes Métropole nous invita à exposer notre travail sur « Les 6 Éléments », Bernard Neau et moi-même le désir d’étendre, dans le même esprit, notre regard photographique aux objets conservés en ce lieu.

Ces « choses » muettes sont des mondes en soi, et leur silence remonte au regard pour que nous le traduisions en image. Dans quel espace imaginaire peut donc nous transporter ce minéral, cet oiseau empaillé, ce crustacé décoloré par les ans ? C’est aussi bien au lecteur de nos représentations visuelles qu’à nous-mêmes d’y répondre tant le pouvoir de suggestion de ces objets est singulièrement dépaysant pour peu qu’on les observe de près ou de très près.

Notre attirance pour le micropaysage photographique trouvait là un terrain propice. Le micropaysage n’advient que si le brouillage d’échelle est intuitif ; il ne procède pas d’une visée prédéterminée. Nous sommes amenés à considérer sous un nouvel angle tel spécimen ayant sur nous un pouvoir d’attraction, mais notre regard se voit aussitôt redoublé – au premier œil s’ajoute un deuxième qu’est l’objectif (que l’on pourrait appeler tout aussi bien « le subjectif » !) possédant le pouvoir de transformer singulièrement la vision rétinienne initiale.

Il nous est parfois arrivé d’avoir vu un « paysage » dans un spécimen, puis avec notre « deuxième œil » d’en découvrir un différent auquel nous n’aurions jamais pensé. La forme donnée est celle de la « chose naturelle », que le travail patient du regard métamorphose, et l’objectif en remodèle la forme, qui s’inscrira sur le support photographique. Cette métamorphose ne s’arrête pas là puisqu’elle s’ouvre aux diverses étapes de la rêverie sensible.

Dans ces micropaysages et à travers le brouillage d’échelle comme l’attention au détail, le plus petit se confond avec le très grand, le microcosme devient un macrocosme, et réciproquement, en essayant de ne jamais perdre de vue la perception du milieu naturel essentiel à l’existence des espèces comme à tout échange possible. Ce jeu transformatif déplace des éléments du réel vers l’imaginaire – qui renvoie à une autre approche du réel. Et si certaines parties d’un animal photographié peuvent rappeler le milieu dans lequel il vivait, c’est que « l’objet » regardé et le « sujet » regardant ont été conjointement repaysés dans ce processus de mutations visuelles et mentales.

Une forme observée est une attente de paysage, un potentiel naturel ouvert à la vision. L’objectif le révèle en creux, et le regard des auteurs fixe l’instant d’une métamorphose qui poursuivra son activité métamorphique dans l’œil du lecteur-spectateur.

Paysages métamorphiques

Photographies de Xavier Noël et Bernard Neau

Les mondes marins (1ère partie)

Les mondes marins (2ème partie)

Les mondes terrestres

Les mondes aériens (1ère partie)

Les mondes aériens (2ème partie)

Le monde des pierres

Paysages métamorphiques

Documents

Caroline Bonnin, Nantes Passion, novembre 2016

Catalogue de l’exposition au Muséum de Nantes-Métropole, 2016

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